Printemps des poètes 2015

Publié le par Sophie Hostein

Printemps  des poètes 2015

Le printemps des poètes c'est en ce moment! A vos poèmes, à vos textes lus ou chantés!

Voici le poème choisi par les lecteurs de Phosphore (magasine pour les 15-18 ans disponible au CDI). Et vous, quel est votre poème préféré?

avant de naître

Ian Monk

avant de naître y a le silence le vrai

avant de naître y a le noir mais total

avant de naître y a une dalle mais astrale

avant de naître y a les gaz de mère

avant de naître y a la musique des gens

avant de naître y a le goût du chocolat

avant de naître y a la voix du père

avant de naître y a un moment de panique

avant de naître y a pas peur de mourir

les bébés regardent le monde ou bien ils tètent

les bébés ont les yeux ouverts aveugles peut-être

les bébés chient dorment rechient redorment rerechient reredorment puis

les bébés ne voient que dalle peut-être toi

les bébés sont adorables regarde il te ressemble tellement

les bébés pèsent sûrement plus lourds que l’enclume

les bébés c’est la vie celle qui bave

les bébés te réveillent cinq six fois la nuit

les bébés te niquent tes beaux seins en tétant

les enfants crient font chier au centre de loisirs

les enfants se bousculent au supermarché et pis merde

les enfants non accompagnés sont interdits dans ce magasin

les enfants martyrs y en a tellement et alors

les enfants rois seront vite découronnés et ben fait

les enfants savent pas la chance qu’ils ont

les enfants marchent pas ça traîne bordel de merde

les enfants mangent pas ça grignote putain de merde

les enfants une bonne gifle ça a jamais nui

les préados existent maintenant ils ont pris leurs marques

les préados moi ça existait pas à l’époque

les préados c’est pénible comme les mômes quoi

les préados c’est pas encore vraiment chiant comme

les préados qui sont devenus des vrais ados mais

les préados démarrent faut avoir de la patience alors

les préados commencent à se faire des tatouages puis

les préados commencent à se faire des piercings puis

les préados sortent leur tête trouée de l’enfance

les ados les vrais répondent plus vite que ça

les ados vous emmerdent et plus grave que ça

les ados baisent s’embrassent tombent amoureux comme ça

les ados tombent enceintes amoureusement aussi facilement que ça

les ados larguent leurs copines enceintes fastoches comme ça

les ados vous narguent des vieux cons comme ça

les ados boivent vident les bières vodkas comme ça

les ados se droguent rien à foutre de ça

les ados SMS en disant quoi toi moi ça

les jeunes adultes sont écoutez-moi bien exigeants quoi

les jeunes adultes choisissent longuement très longuement leurs vêtements

les jeunes adultes sélectionnent longuement plus longuement leurs chaussures

les jeunes adultes hésitent beaucoup en choisissant un sandwich

les jeunes adultes se téléphonent pour décrire leurs sandwichs

les jeunes adultes se téléphonent pour décrire leurs chaussures

les jeunes adultes se téléphonent se décrivent en téléphonant

les jeunes adultes se moquent des gens qui téléphonent

les jeunes adultes dépriment se font mal se suicident

les adultes disent plus rien mais crient des fois

les adultes manient mal leurs portables les jeunes rigolent

les adultes tu vois c’est le père noël

les adultes disent ta gueule connard mais avance bordel

les adultes non consentants sont priés de s’abstenir

les adultes chialent devant Les feux de l’amour

les adultes boivent du vin crient finis ton eau

les adultes sont lâches misérables arrogants dépendants pitoyables courageux

les adultes de nos jours partent en couilles quoi

les vieux trichent pas mal en rattrapant leur jeunesse

les vieux sont jamais là quand on leur téléphone

les vieux disent qu’on ne leur téléphone jamais

les vieux touchent une retraite que moi je finance

les vieux râlent parce qu’on sait plus bosser

les vieux il faut les tuer dès la naissance

les vieux jouent des coudes en prenant le métro

les vieux disent que tout existe maintenant mais tout

les vieux dépriment glissent dans le silence des adieux

les morts nourrissent la terre la mer le ciel

les morts font plus chier que par leur absence

les morts sont là au cimetière au nom seulement

les morts sont ni présents ni absents sous terre

les morts sont aussi présents qu’absents sur terre

les morts c’est bientôt toi moi lui elle

les morts sont aussi chiants qu’un enfant roi

les morts sont aussi dissipés qu’un parent alcoolique

les morts c’est le silence précisément le vrai

Publié dans Lire écouter voir

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